Synopsis

Liam, Paul, Anna et Jo-Anne découvrent seuls et pour la première fois le musée du Louvre.

“Ce projet de film est pour moi, l’aboutissement d’un travail que je mûris depuis 2010 sur la représentation des personnes en situation de handicap dans notre société, et plus particulièrement dans l’espace public. C’est une question éminemment politique au cœur de nos enjeux démocratiques. Comment représenter un corps souffrant et empêché ?

Les chefs d’œuvres du Louvre doivent sûrement nous donner des réponses à la hauteur de nos questionnements. La peinture et la sculpture religieuse foisonnent de saints martyrisés et de suppliciés. Filmer aujourd’hui une visite au Louvre, c’est redonner une perspective historique à ceux qui sont trop souvent exclus de la vie en société. Vivre en situation de handicap, c’est être confronté à ce que j’appelle la triple peine.

La première est d’être né ou d’être devenu par accident de la vie, handicapé ; la seconde, d’être souvent associé, par ce que cela est vital pour certains, au monde médical avec des appareillages lourds et stigmatisants ; enfin la troisième qui est peut-être la pire, c’est de ne pas avoir d’image sociale, d’être relégué aux circuits secondaires du monde associatif quand il s’agit d’être représenté dans le monde d’aujourd’hui.

Pour ce film, j’ai choisi de suivre quatre acteurs de la compagnie Mind the Gap de Bradford avec laquelle j’ai déjà travaillé.

Ce sont des acteurs professionnels en situation de handicap qui ont la capacité de dépasser les apparences et les a priori.

Ils inventent et créent un jeu, une gestuelle qui leur est propre avec une incroyable liberté. Leur dialogue avec les chefs d’œuvres du Louvre se nourrit de leur imaginaire et de leur talent. Quand Anna danse devant les fresques de Khorsabad, ou que Jo-Anne se lance dans une course éperdue, l’espace de cette salle devient un lieu d’accueil protecteur – à la symbolique claire quand on pense aux destructions de Daesh. Paul se lance dans une chorégraphie qui répond à sa manière aux canons antiques de la beauté classique, dans la salle des sculptures grecques. Quand Liam traverse la Grande Galerie sous le regard bienveillant des figures de la peinture italienne, il est ici chez lui, au même titre que n’importe qui, sans aucune équivoque.

Ces confrontations qui pourraient sembler parfois provocatrices, cette prise de position, au sens propre comme au sens figuré, sont à interpréter comme un manifeste.

L’affirmation que les personnes en situation de handicap sont des acteurs à part entière de notre société.”

Denis Darzacq